Les sorcières sortent de leurs placards pour « réenchanter le monde »

La sorcellerie n’a jamais été aussi moderne.

Exit balais volants et nez crochus, désormais les sorcières enchantent la Terre.

Carte des constellations, améthystes contre le mauvais sort ou sélénite pour avoir les idées claires, t-shirt aux slogans féministes, crânes surmontés de signes ésotériques: la magie et ses symboles sont partout sur Instagram. Parmi les comptes les plus suivis, on trouve Black And The MoonFay Nowitz ou encore The Hoodwitch.

À lui seul, le hashtag «witchesofinstagram» comptabilise plus de 1.755.000 publications. En France, les sorcières ont même eu leur propre newsletter: «Witch, please», éditée par la journaliste Jack Parker.

La génération des millennials, déjà adepte d’astrologie, se tourne désormais vers les arts occultes. Devenue une valeur refuge, partagée par une large communauté, la magie encourage l’expression individuelle. Qualifiée de «mysticore», cette tendance nourrit aussi les ambitions marchandes. Sur le site de vente en ligne Etsy, on trouve des élixirs floraux, des «kits pour jeunes sorcières débutantes» ainsi qu’une multitude de cristaux aux prétendus pouvoirs.

Sur le web, l’herboriste Liz Migliorelli propose des potions magiques aux noms évocateurs: «Ghosts» vous libère de vos illusions et vous permet de voir la vérité en face, «Saturn Return» vous aide à traverser les périodes de grandes mutations et «Grounding» promet de vous faire vivre en harmonie avec la nature.

Plus étonnant, la sorcière Jessie Susannah, qui se fait appeler «Money Witch», s’est reconvertie dans le conseil fiscal magique. Il vous faudra tout de même débourser 225 dollars (soit un peu plus de 190 euros) pour une consultation de deux heures. Mais ce n’est rien comparé aux 3.000 euros que vous coûtera le retour de l’être aimé assuré par Hécate, doyenne des sorcières françaises, qui reçoit dans son très chic appartement parisien du XVIe arrondissement.

Sortir du placard

Cette exploitation commerciale ne doit pas nous faire oublier que les sorcières contemporaines sont avant tout féministes, notamment aux États-Unis où l’élection de Donald Trump a ravivé leur militantisme. Ainsi, dans la nuit du 24 au 25 février 2017, les sorcières se donnèrent rendez-vous au pied de la Trump Tower pour jeter un sort collectif.

En connectant leurs énergies, elles espéraient contrer l’aura négative du président, allant jusqu’à brûler une photo de lui, en scandant des «You’re fired», phrase culte de Trump lorsqu’il était jury de sa propre émission de télé-réalité «The Apprentice». Cette mobilisation soutenue par la chanteuse Lana del Rey le fut également sur Twitter via le hashtag MagicResistance.

Afin de mieux cerner ce nouvel activisme, nous avons posé nos questions à Monica Bodirsky, qui enseigne le dessin à l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario. Sur son temps libre, elle s’adonne à la magie et à la divination. Se présentant elle-même comme sorcière, Monica a depuis longtemps fait de la lutte contre les préjugés anti-sorcellerie un combat personnel. En 2017, elle crée le festival WITCHfest North, «un grand rassemblement de sorcières, wiccans, païens et polythéistes» qui se déroule en octobre à Toronto. La date n’a pas été choisie au hasard, l’automne étant «la saison de la sorcière», associée à Halloween, également période de l’année où «le voile entre le monde des défunts et celui des vivants est le plus fin».

2017 marque aussi la fin de la criminalisation de la sorcellerie sur le sol canadien. D’après Monica Bodirsky, «l’ancienne loi était censée protéger contre les pratiques frauduleuses de sorcellerie, mais en vérité elle nuisait à toutes les sorcières canadiennes. La levée de l’interdiction marque un grand tournant et un pas vers la reconnaissance et l’acceptation des sorcières sur le territoire».

La première édition du WITCHfest North s’appelait en effet «Out of the Broom Closet» (jeu de mots entre le coming out et le placard à balais). La référence à la communauté LGBT va plus loin :

«Faire son coming out pour une sorcière ça veut dire s’assumer sur son lieu de travail et dans l’espace public. Aujourd’hui la sorcière fait peur, lorsqu’elle n’est pas reléguée à quelque chose d’enfantin voire de ridicule. Elle n’est pas prise au sérieux». Plus encore :

«Beaucoup des valeurs d’égalité, de diversité et féministes sont partagées aussi bien par la communauté LGBT que par les sorcières».

«Faire de l’art, c’est jeter un sort»

Pour Bodirsky, rien d’étonnant à ce que Toronto, ville connue pour «son multiculturalisme, sa politique gay-friendly et sa gay pride» ne soit une terre d’émancipation pour les sorcières. Regarde-t-elle pour autant d’un bon œil la vague magique qui s’est emparée des réseaux sociaux ou des rayons d’Urban Outfitters?

Loin de s’en plaindre, sur le principe de «toute publicité est bonne à prendre», Monica voit dans cette mode l’occasion «d’engager la discussion : ce look festival où les jeunes filles arborent des pentacles sur leur t-shirt, autour du cou, je ne vois pas en quoi ça pourrait faire du mal à notre cause. Le seul risque serait si toutes ces personnes décidaient de se lancer dans la pratique de la magie sans prendre de précautions. Si une sorcière débutante ne sait pas utiliser son énergie correctement, ça peut déraper très vite. Traditionnellement, la magie, qui est souvent une affaire de famille, se transmet de génération en génération, sous l’égide d’un mentor ou d’une assemblée de sorcières plus aguerries».

Quant à savoir pourquoi la magie connaît aujourd’hui un retour

Quant à savoir pourquoi la magie connaît aujourd’hui un retour en grâce, elle avance l’explication suivante: «Si la magie connaît de grandes phases de résurgence, l’espèce humaine a aussi tendance à se tourner vers le mysticisme en temps d’incertitude politique. La magie redonne alors un sens de contrôle, de pouvoir».

Qu’est-ce qui distingue les adeptes de la sorcellerie du commun des mortels? Pour Bodirsky, «la sorcière est avant tout quelqu’un qui se sent très connecté à la terre et aux éléments. Elle a souvent à cœur de perpétuer la tradition, de conseiller les autres. En tant que sorcière, vous êtes consciente de votre possibilité de changer les choses, vous vous sentez fière d’être une femme et de votre pouvoir». Lorsqu’on lui demande si c’est un don, Monica se montre mesurée: «Pour certains oui, d’autres non, mais tout le monde peut apprendre à faire davantage appel à son intuition». Elle tient également à souligner le rapport entre créativité, intuition et sorcellerie : «J’ai tendance à penser que vous exprimez la même énergie en pratiquant une activité artistique ou de la magie. Faire de l’art, c’est jeter un sort. La plupart des sorcières que je connais sont artistes».

«Nous sommes les gardiennes de la Terre»

Lorsqu’on lui demande à quoi ressemble sa journée type, Monica Bordisky s’attarde sur ce qu’elle appelle «la gratitude». Avec l’aide de ses outils, cristaux et bougies, elle se livre à une prière quotidienne durant laquelle elle «prend conscience de sa direction, de la terre où elle se trouve, des gens qui l’entourent et de ses ancêtres». Cette «récitation du cœur» est là pour lui rappeler que «chaque jour est un présent». Elle s’organise autour d’un rituel bien spécifique :

«D’abord j’allume des bougies pour que mes ancêtres soient présents, ensuite je dispose de l’eau sur un autel, symbolisant le sens de la vue et j’utilise des pierres pour représenter la terre ainsi que des photos de mes ancêtres».

La nature occupe le premier plan dans les rites magiques: «Nous les sorcières, nous sommes les gardiennes de la Terre. Nous faisons partie des éléments. Chacune de nos actions tend à ne pas nuire à la nature et aux éléments». Monica a d’ailleurs beaucoup de considérations écologiques:

«Je me soucie de mon empreinte carbone, de l’état de notre planète et de ce que nous laisserons aux générations futures. En protégeant la nature, c’est nous-mêmes que nous protégeons. Il ne faut pas oublier que la Terre est notre mère, qu’elle prend soin de nous et que nous devons prendre soin d’elle».

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La sorcière, grande prêtresse de l’écologie?

«On est bien loin de certains clichés qui nous collent à la peau. C’est dangereux de toujours associer la sorcière à un individu néfaste. Pour ma part, je ne connais aucune sorcière diabolique. Bien sûr, il y a des bonnes et des mauvaises sorcières, mais je ne parlerais pas de magie noire ou de magie blanche. Si la sorcière utilise les énergies pour commettre de mauvaises actions, c’est ses intentions qui sont mauvaises, la magie en soi n’est ni bonne ni mauvaise. Il ne faut pas oublier que la condamnation de la sorcellerie est apparue au moment où la spiritualité et la médecine se sont retrouvées accaparées par un pouvoir central patriarcal. Si on regarde les fêtes religieuses, beaucoup viennent de la tradition païenne et se déroulent durant les solstices. Il en a été de même pour le dieu Pan, grande divinité de la nature qui a donné ses cornes de bouc au diable chrétien

«Et puis, on a tendance dans la vie courante, à utiliser le mot sorcière comme synonyme de garce, ce qui est très loin de la réalité et cache souvent une misogynie sous-jacente. Il n’y a d’ailleurs pas une seule sorcellerie et donc un type unique de sorcière, mais de nombreux courants: wicca, paganisme, etc. Je souhaite que la diversité soit enfin rendue visible.» Pour Bodirsky, cette lutte ne fait qu’une avec celle du féminisme: «Le féminisme comme la sorcellerie donnent du pouvoir aux femmes». Les hommes ont-ils leur place au sein du mouvement? «Bien entendu, répond-elle. Beaucoup d’hommes pro féministes s’identifient à notre combat. L’idée d’un “homme-sorcière” ne me pose pas problème. D’ailleurs, dans le wiccanisme l’énergie masculine et l’énergie féminine ne cessent de se coordonner.»

Bien avant le combat de Monica Bordiskry et des sorcières nord-américaines pour faire valoir leurs droits, les féministes des années 1970 se sont appropriées la figure de la sorcière. En 1968 est fondée à New York la W.I.T.C.H (Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell, soit Conspiration féministe internationale de l’enfer), un collectif féminin formant une «guérilla contre l’oppression des femmes». Leurs revendications prennent la forme de happenings et de manifestations, comme en ce jour d’Halloween 1968 où elles jettent un sort au quartier de Wall Street armées de leurs balais «volants». Le lendemain, le Dow Jones chutait de treize points.

De nouvelles formes de luttes

Déjà, dans son livre La Sorcière paru en 1862, Jules Michelet faisait de cette femme une figure populaire opposée au pouvoir des nobles. Privée, avec la christianisation de la France, du «monde singulier et délicat des fées et des lutins», un folklore païen que l’Église catholique n’a de cesse de condamner, la sorcière résiste et «réveille en elle les choses que lui disait sa mère, sa grand-mère, choses antiques, qui pendant des siècles ont passé de femme en femme». Parallèlement, la nature, avec qui elle a longtemps été «en intelligence» s’est retrouvée, avec l’avènement de la propriété privée et la fin de l’agriculture traditionnelle, réduite à des notions de rentabilité et d’exploitation via son découpage en terres agricoles.

En France, la figure de la sorcière a longtemps inspiré les intellectuelles. Au micro de France Culture, en avril dernier, Xavière Gauthier, fondatrice de la revue Sorcières en 1975, revenait sur ses années de lutte: «Les sorcières pour moi, ce sont des femmes rebelles». Au début des années 1970, les féministes françaises voient en elles de véritables sœurs, mettant en parallèle le pouvoir des sages-femmes et avorteuses du Moyen Âge et leur combat de l’époque pour la légalisation de l’avortement: «Ce mouvement de femmes ne va pas se laisser brûler ni écraser et on va être victorieuses, c’était ça l’idée de départ».

Deutéronome 18:10-13

Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel; et c’est à cause de ces abominations que l’Éternel, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras entièrement à l’Éternel, ton Dieu.

Actes 19:19

Et un certain nombre de ceux qui avaient exercé les arts magiques, ayant apporté leurs livres, les brûlèrent devant tout le monde: on en estima la valeur à cinquante mille pièces d’argent.

Source : http://www.chretiens2000.com/2018/11/la-sorcellerie-n-a-jamais-ete-aussi-moderne.html

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