Stopper la coopération scientifique et médicale avec la Chine des prélèvements ADN contraires à l’éthique

Un technicien place une matrice contenant des informations sur l’ADN dans un scanner à Pékin, le 22 août 2018. (Greg Baker/AFP via Getty Images)

Quatrième partie de la série de quatre articles consacrés au Sommet mondial contre le prélèvement forcé d’organes.

Les scientifiques se méfient de plus en plus de la pratique chinoise consistant à collecter des données ADN. Le généticien David Curtis affirme que la collecte massive d’ADN par la Chine pourrait être utilisée comme base de données pour une banque d’organes. Les organisateurs du Sommet mondial sur la prévention et la lutte contre le prélèvement forcé d’organes proposent un boycott de la communauté médicale et scientifique chinoise.

L’une des interventions les plus remarquées du sommet, qui s’est tenu du 17 au 26 septembre, aura été celle du professeur David Curtis, généticien de l’University College London (UCL). Selon lui, la Chine est peut-être en train de développer une banque de gènes, par le biais de tests ADN effectués massivement, une banque qui peut s’avérer des plus utiles pour le prélèvement forcé d’organes. Le professeur estime qu’en raison des violations flagrantes des droits de l’hommes, certaines revues scientifiques doivent montrer l’exemple et refuser de publier les travaux provenant de Chine.

D’autres spécialistes, eux aussi, sont de plus en plus réticents à collaborer avec des scientifiques chinois.

« Il y a eu d’autres cas [de refus] du fait de l’analyse des données génétiques, en particulier dans ce contexte de surveillance et d’identification », explique le professeur Margaret Kosal, qui occupe plusieurs postes, dont un à l’Institut de technologie de la Géorgie, et un autre à l’Institut Parker H. Petit pour la bio-ingénierie et les biosciences.

Elle poursuit : « Dans mon travail sur les implications des technologies émergentes préjudiciables, ces études constituent un des exemples les plus concrets, fondé scientifiquement et documenté en open-source, de l’utilisation de la génétique, des algorithmes d’apprentissage automatique ainsi que des indicateurs de capacité par la RPC [République populaire de Chine]. Sur le plan éthique, je me demande dans quel contexte, ou même ‘si’, je dois les utiliser [par exemple, les citer et les référencer] dans mes propres recherches, mes écrits et mes interventions. »

De son côté David Curtis explique : « Nous savons que des prélèvements forcés d’organes ont lieu [en Chine]. Nous savons que des personnes font l’objet d’arrestations arbitraires, de détentions, parfois de disparitions – parfois sans procédure judiciaire. La troisième chose que nous savons, et c’est plus récent, est qu’il y a… un très grand nombre de tests génétiques [effectués] sur des populations entières, sur des populations minoritaires, et dans des régions particulières. »

Selon David Curtis, « les gens sont parfois soumis à des examens médicaux, ils font des analyses de sang, lesquelles permettent, entre autres, de prélever leur ADN ».

Depuis 2017, selon les enquêtes de l’Institut australien de stratégie politique, le régime chinois collecte l’ADN de toute la population mâle, soit 700 millions de citoyens au total, afin de les suivre à la trace et de renforcer l’application de la loi. L’entreprise américaine Thermo Fisher fournit aux autorités chinoises des kits de tests ADN répondant aux critères.

Autrefois, la collecte d’ADN en Chine n’était axée que sur les minorités. Selon M. Curtis, aujourd’hui encore, les autorités chinoises conservent les informations génétique de donneurs d’organes potentiels, pour qu’ils restent à portée de main.

Il y a un manque relatif de dons d’organes volontaires en Chine et la collecte massive d’ADN est également contestée dans le pays. Les organisations de défense des droits de l’homme font valoir qu’il n’y a pas de véritable consentement à la collecte d’ADN dans un système hautement autoritaire où il est difficile de refuser. Elles craignent également que les tests ADN généralisés ne soient utilisés pour punir les familles des dissidents et des militants.

Selon un article du New York Times, des policiers chinois auraient exigé des échantillons de sang lors de tests ADN effectués en grand nombre dans des écoles sur des enfants de sexe masculin. Toujours selon l’article, un homme de 31 ans a été forcé de donner un échantillon de sang après avoir été menacé. M. Jiang, un ingénieur informatique du nord de la Chine, a déclaré dans son interview de 2019 que les autorités l’avaient averti : « Si on ne prélève pas votre sang, vous serez inscrits sur la liste des ‘ménages noirs’. » S’il n’obtempérait pas, cela « le priverait, lui et sa famille, d’avantages comme le droit de voyager et de se rendre à l’hôpital ».

Au vu de la nature du régime en place à Pékin, M. Curtis déclare : « Il est très peu probable que cela n’est pas lieu [le prélèvement forcé d’organes s’appuyant sur la collecte massive d’ADN]. Nous avons ici un régime qui collecte des échantillons (…) à partir desquels il peut obtenir l’ADN de toutes ces personnes. Nous savons qu’ils n’ont aucun scrupule à arrêter les gens, à les détenir. Nous savons qu’ils n’ont aucun scrupule à procéder à des prélèvements forcés d’organes. Cela apporte une nouvelle dimension terrible et unique à tout cela. »

M. Curtis fait valoir que la réserve de donneurs potentiels pour le prélèvement forcé d’organes s’est élargie en Chine, passant des prisonniers exécutés, des prisonniers condamnés, aux détenus en général. Et maintenant, les autorités chinoises « peuvent consulter les banques d’ADN qu’elles possèdent. Elles peuvent identifier un donneur approprié. (…) Il n’est pas nécessaire que ce soit un détenu, il peut s’agir d’une personne qui marche dans la rue, qui va au travail, qui va à l’école, qui est chez elle. On peut frapper à la porte, et cette personne peut être arrêtée, retirée de son domicile, de son lieu de travail, et ne plus jamais être revue parce qu’elle est compatible avec une personne qui a besoin d’une transplantation d’organe », explique-t-il.

La population chinoise tout entière pourrait ainsi devenir une « banque humaine de donneurs d’organes potentiels », selon M. Curtis, qui souligne qu’il n’y a aucune preuve de ce phénomène. Mais il ajoute : « Nous avons des preuves que des prélèvements forcés d’organes ont lieu. Nous avons des preuves de détention arbitraire et de disparition de personnes. Et nous avons des preuves que des prélèvements d’ADN sont effectués à grande échelle. »

Et de questionner :« Pourquoi les autorités chinoises ne se livreraient-elles pas à des prélèvements forcés d’organes sur des Tibétains, des Ouïghours ou des prisonniers, par exemple, dont l’ADN est stocké dans une banque, si un puissant responsable du PCC a besoin d’une greffe de rein et doit donc trouver un bon donneur ? »

Un technicien travaille dans un laboratoire spécialisé dans l’ADN à Pékin, le 22 août 2018. (Greg Baker/AFP/Getty Images)

M. Curtis remarque que si les banques de gènes sont utilisées pour des transplantations faisant appel à des prélèvements forcés d’organes, alors « cela ne concerne pas seulement les secteurs de la sécurité ». Selon lui, « pour que cela fonctionne, il faut que des médecins soient impliqués, les sciences génétiques et beaucoup d’autres personnes ». En d’autres termes, cela implique un réseau scientifique et médical.

Selon M. Curtis, à l’opposé de la Grande-Bretagne, où les scientifiques vont en prison s’ils participent à des pratiques médicales contraire à l’éthique, en Chine, il n’y a ni transparence ni responsabilité professionnelle : « Il n’existe aucun mécanisme permettant de tenir tête au gouvernement et de plaider pour le respect d’une norme éthique si cela va à l’encontre de ce que l’État veut faire. »

Avec ce qu’il savait des tests génétiques pratiqués dans la contrainte et des prélèvements d’organes forcés, David Curtis a commencé à se sentir toujours plus mal à l’aise en tant que rédacteur en chef d’une revue de génétique qui reçoit continuellement des travaux à publier en provenance de la Chine. « Pourquoi devrais-je croire que les scientifiques ont mené leurs recherches de manière éthique, alors que je sais que la communauté scientifique et médicale [chinoise] est prête à tolérer des pratiques de ce genre ? »

M. Curtis explique : « Ce que cela nous apporte, c’est une nouvelle dimension génétique au problème. » Il estime que nous devrions faire quelque chose à ce sujet. « Je pense qu’il y a une façon de chercher à influencer le comportement de la Chine », indique-t-il. « Il y a des domaines où des points sensibles et des choses auxquelles ils tiennent et l’une de ces choses est la reconnaissance scientifique, et la carrière de ceux [qui font partie de leurs] activités scientifiques. »

M. Curtis estime qu’il faut rejeter les articles scientifiques chinois de manière systématique. C’est ce qu’il faisait lorsqu’il était le rédacteur en chef de la revue Annals of Human Genetics, une revue spécialisée tenue par l’UCL et publiée par Wiley, la maison d’édition américaine dédiée à la publication de revues scientifiques.

Selon M. Curtis dans un courriel : « J’ai estimé que je ne pourrais pas continuer à être rédacteur en chef si je devais continuer à publier les travaux provenant de Chine. Lors de la réunion annuelle avec les éditeurs, après en avoir discuté avec le conseil d’administration, nous avons convenu qu’un boycott n’était pas envisageable. Lors de la réunion, à titre de compromis, nous avons convenu que je pourrais publier un éditorial exposant mes préoccupations et suggérant que les gens pourraient envisager un boycott. Thomas Schulze [de la LMU de Munich en Allemagne et de la SUNY Upstate Medical University de New York] et moi-même avons rédigé un éditorial (c’est plus ou moins le texte dont le lien figure dans l’article du Guardian). Lorsque les éditeurs ont vu l’éditorial, ils ont refusé de le publier et ont voulu le modifier. J’ai refusé de le modifier parce que je pensais que je devais être responsable du contenu, et non des éditeurs. Comme ils ne voulaient pas publier l’éditorial que j’avais écrit, j’ai présenté ma démission. »

David Curtis, Thomas Schulze, Yves Moreau de l’ESAT-STADIUS de la KU Leuven, en Belgique, et Thomas Wenzel de l’Université médicale de Vienne, en Autriche, ont tenté de publier ailleurs la lettre, intitulée « China-is it time to consider a boycott ? » (La Chine – est-il temps d’envisager un boycott ?)

La proposition de rejeter tous les articles en provenance de Chine contredit les règles que l’on trouve fréquemment dans les clauses de non-discrimination raciales. Il s’agit évidemment d’un amalgame douteux tandis que la Chine continue à perpétrer des crimes contre l’humanité et des génocides, selon la définition des Nations unies.

Ne pas autoriser une telle discrimination, en particulier à l’encontre de l’État totalitaire le plus puissant du monde, revient à favoriser son pouvoir. Ne pas prendre de mesures contre le génocide et les crimes contre l’humanité de cet État, c’est faire la sourde oreille face à la plus effroyable des situations. Nous devrions ne pas discriminer le génocide ? La non-discrimination n’est-elle pas, dans ce cas, une forme de complicité face à une ségrégation authentique ?

D’autres revues ont refusé de publier la lettre, notamment le Lancet, le British Medical Journal (BMJ) et le Journal of the American Medical Association (JAMA).

Elle a finalement été publiée par le Guardian en juin. Selon les auteurs, les revues médicales ont nié avoir fait preuve d’une déférence excessive envers la Chine. Quant à la maison d’édition Wiley et au Lancet, ils ont laissé entendre qu’une telle lettre pouvait entrainer des complications quant à leurs sièges en Chine.

M. Curtis poursuit dans le mail : « Selon mon contrat, j’étais seul responsable de ce qui était publié et j’aurais pu tout simplement rejeter tous les travaux venant de Chine. Mais je savais que cela n’aurait pas été conforme à ce que l’on attendait de moi. Cela n’aurait pas été en accord avec les politiques de l’éditeur et c’était également quelque chose que le comité éditorial ne soutenait pas (nous en avons discuté avec eux). Je me suis rendu compte que c’était une position personnelle et j’ai donc décidé de démissionner. »

M. Curtis a démissionné de son poste de rédacteur pour Annals of Human Genetics en signe de protestation en septembre 2020, ce qui n’a été rendu public qu’en juin. Il a déclaré au Guardian« J’ai démissionné parce que la publication de l’article a été bloquée par les responsables de Wiley qui ne devraient pas avoir leur mot à dire sur le contenu d’une revue scientifique. On m’a dit que Wiley avait un siège à Pékin, ce qui impliquait que la parution [de la lettre] rendrait les choses difficiles. (…) L’éditeur n’a pas à dire au rédacteur en chef ce qu’il peut ou ne peut pas publier en raison de ses propres intérêts en Chine. »

Les « Annales de génétique humaine » s’appelaient à l’origine « Annales de l’eugénisme », le domaine scientifique tombé en disgrâce qui consiste à « améliorer » l’espèce humaine en éliminant par sélection les traits supposés de la maladie mentale, de la criminalité ou, dans le cas de l’Allemagne nazie, les caractéristiques raciales.

Le cas de M Curtis démontre malheureusement que les scientifiques respectueux de l’éthique, sont parfois ceux qui sont contraints de quitter leurs postes. Ce qui prouve que leurs spécialisations n’ont pas forcément de déontologie véritable.

M. Curtis continue cependant à œuvrer en faveur d’une approche plus éthique dans le domaine de la génétique, d’une part, en s’exprimant publiquement contre la collecte de l’ADN fait par la contrainte et le prélèvement forcé d’organes, d’autre part, en soulevant la question du boycott de la communauté scientifique et médicale chinoise.

Sir Geoffrey Nice QC, président du Tribunal de la Chine sur les prélèvements forcés d’organes, lors de la première journée d’audiences publiques, Londres, Royaume-Uni, le 8 décembre 2018. (Justin Palmer)

« En conséquence, les revues scientifiques ne prendraient pas en considération les articles provenant de Chine, de médecins ou de scientifiques chinois », explique-t-il. « Nous pourrions dire : Écoutez ! Vous savez que votre profession est complice de ces pratiques. Nous n’allons pas vous traiter comme nos collègues. Nous n’allons pas non plus considérer que vous suivez les mêmes pratiques éthiques que nous. »

M. Curtis estime que cela permettrait de sensibiliser la communauté médicale et scientifique chinoise aux pratiques non éthiques. Il écrit dans un courriel : « Nous espérons lancer bientôt un site Web qui permettra aux médecins et aux scientifiques de s’engager dans un boycott. »

Juste après l’intervention de M. Curtis, le sommet publie sa « Déclaration universelle sur la lutte et la prévention du prélèvement forcé d’organes. » Le sommet est organisé par une coalition de 5 ONG, Médecins contre le prélèvement forcé d’organes (DAFOH) aux États-Unis, CAP Liberté de conscience en France, l’Association de Taïwan pour la prise en charge internationale des transplantations d’organes, l’Association coréenne pour des transplantations d’organes éthiques en Corée du Sud et l’Association de recherche sur le tourisme de transplantation au Japon.

L’article 9 de la déclaration, entre autres prescriptions, soutient directement la proposition de David Curtis et stipule que « tous les gouvernements doivent (1) exhorter les professionnels de la santé à décourager activement leurs patients de se rendre en Chine pour y subir une transplantation ; (2) exhorter les professionnels de la santé à ne pas donner de formation en chirurgie de transplantation aux médecins ou au personnel médical chinois ou du moins ne pas offrir exactement la même formation qu’ils ont eux-mêmes reçus dans leur pays ; (3) demander instamment aux revues médicales de rejeter les publications sur ‘les expérimentations chinoises’ en matière de médecine de transplantation ; (4) ne pas délivrer de visas aux professionnels de la santé chinois qui cherchent à se former à la transplantation d’organes ou de tissus corporels à l’étranger ; [et] (5) ne pas participer aux séminaires, conférences ou symposiums internationaux des médecins chinois du domaine de la transplantation ou de la chirurgie de transplantation. »

En fait, nous avons besoin non seulement d’un boycott scientifique et médical de la Chine, comme l’a évoqué M. Curtis, mais aussi d’une législation pour interdire aux scientifiques et aux professionnels de la santé de coopérer avec des établissements qui se livrent à des pratiques contraires à l’éthique. Une telle législation est indispensable. Elle l’est face au Parti communiste chinois (PCC) aujourd’hui, mais on constate rétrospectivement qu’elle aurait déjà été des plus utiles à l’époque de l’Allemagne nazie, dans les années 1930 et 1940.

Une telle législation permettrait de rendre tangible l’engagement de l’Occident à défendre les droits de l’homme. Elle permettrait également de faire valoir ces droits de manière énergique face au pouvoir écrasant de partis politiques peu libéraux comme le PCC. Une prise de conscience aurait lieu en Chine, car les effets contraignants de cette législation auraient des répercussions sur le soutien qu’offre le PCC à ces pratiques inhumaines, et les prélèvements forcés d’ADN et d’organes prendraient fin. Nous devons traiter ce type de prélèvements avec le plus grand sérieux dans les pays qui ont le privilège de jouir de leurs libertés, car dans le cas du Falun Gong, des Ouïghours et des Tibétains en Chine, ils sont constitutifs d’un génocide.

Partie 1 : Le prélèvement forcé d’organes en Chine : un génocide médical à but lucratif

Partie 2 : Pékin réduit au silence les médias mondiaux sur le prélèvement forcé d’organes en Chine

Partie 3 : Sanctionner le PCC pour le prélèvement forcé d’organes

Source : https://fr.theepochtimes.com/interdire-cooperation-scientifique-medicale-chine-pratique-prelevement-de-genes-de-facon-non-ethique-1850392.html

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