Y a-t-il de la place pour le « psi » dans la physique moderne?

Bernard Carr
École des sciences mathématiques, Queen Mary, Université de Londres

 

Bien que la parapsychologie ait déjà acquis une certaine respectabilité parmi les psychologues, elle n’est toujours pas prise au sérieux par la plupart des physiciens et je crois que le sujet ne sera pas accepté de manière générale, tant que cette situation prévaudra. Par conséquent, une question cruciale est de savoir si la physique, soit dans sa forme actuelle ou sous une forme future, sera jamais en mesure de prendre en compte les phénomènes paranormaux.

 

Ma prétention est qu’elle le sera, mais que cela nécessitera plus que simplement bricoler avec le paradigme actuel de la physique (soit plus que juste en invoquant les ondes électromagnétiques, les tachyons, les trous de ver, la théorie quantique standard, etc.) Bien que certains phénomènes actuellement étiquetés « paranormal » pourraient s’avérer être explicables dans le cadre du paradigme actuel, je crois que la plupart ne le seront pas. Invoquer un nouveau paradigme n’est pas trop radical puisque le modèle dominant de la réalité physique a régulièrement subi des changements de paradigme et cela a toujours impliqué de s’éloigner toujours plus de notre notion habituelle de la réalité. La dichotomie standard entre la matière et l’esprit est apparue à un moment où on pouvait adopter le point de vue simpliste que l’arène de la réalité est un espace à 3 dimensions. Cependant, depuis lors, la vision du monde du physicien a profondément changé et il est clair que nos systèmes sensoriels physiques ne révèlent qu’un aspect très limité de la réalité. En particulier, la Relativité Générale explique la gravité en proposant que le monde est à 4 dimensions et la théorie de Kaluza-Klein explique l’électromagnétisme en ajoutant une cinquième dimension; elle est si petite qu’elle ne peut être observée directement, mais son existence explique parfaitement les équations de Maxwell. Les extensions modernes de cette idée proposent que les autres interactions physiques peuvent être prises en compte en invoquant des dimensions encore plus enroulées. Dans la « théorie M », par exemple, le nombre total de dimensions est de 11, tandis que dans la théorie des « supercordes », il est de 10. On a donc a un espace « externe » à 4 dimensions, et un espace « interne » à 6 ou 7 dimensions. Dans la variante la plus récente de cette idée, proposée par Randall et Sundrum, les dimensions supplémentaires pourraient même ne pas être compacifiées et l’univers physique est considéré comme une « brane » à 4 dimensions dans une « masse » de dimension supérieure. Ceci est très éloigné de la vision naïve de la réalité adoptée par le genre de matérialistes réductionnistes qui rejettent d’emblée les phénomènes parapsychologiques. Quel sorte de paradigme serait nécessaire pour prendre en compte le parapsychologique? Une caractéristique essentielle est qu’il doit impliquer la conscience, car cela sous-tend toutes les expériences parapsychologiques. Ceci le met déjà en désaccord avec les physiciens (la majorité) qui prétendent que nous sommes proches d’une « théorie du tout », car ces théories ne font aucune référence à la conscience. Une autre caractéristique du nouveau paradigme est qu’il doit impliquer une sorte de structure de réalité à dimensions supérieures. Ceci parce que de nombreux phénomènes parapsychologiques (par exemple les OBE, EMI, apparitions) semblent impliquer une certaine forme d’espace commun, ce qui n’est pas la même chose que l’espace physique, mais interagit subtilement avec lui. L’existence de la télépathie suggère également que nos esprits font partie d’un espace commun plutôt que d’être entièrement privés. Cette « structure universelle », comme je l’appelle, peut être considérée comme un espace d’information à dimension supérieure qui concilie toutes nos différentes expériences du monde. Il intègre nécessairement l’espace physique, mais il comprend aussi les domaines non-physiques qui ne sont accessibles que par l’esprit. Je propose que la structure de réalité dimensionnelle supérieure requise pour la prise en compte des expériences parapsychologiques est intimement liée à l’espace à dimension supérieure invoqué par la physique moderne. Car si nos capteurs physiques ne nous donnent qu’un aspect à 3 dimensions d’un univers qui en réalité a beaucoup plus de dimensions, et si les objets physiques occupent seulement une partie limitée de l’espace à dimension supérieure, quoi d’autre peut exister dans cet espace? Puisque les seules entités non-physiques de l’Univers dont nous avons l’expérience sont mentales, et puisque l’existence de phénomènes paranormaux suggère que les entités mentales doivent exister dans une sorte d’espace, il semble naturel de relier cela à l’espace de Kaluza-Klein. Plus précisément, j’identifie la structure universelle à la « masse » de la dimension supérieure de la théorie de Randall-Sundrum. Ceci a des conséquences profondes pour la physique, la psychologie, la parapsychologie et la philosophie.

 



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