Une descendante de Darwin vient à la foi chrétienne par la raison

Crédits photo : Guillaume HERBAUT / Le Figaro Magazine
Crédits photo : Guillaume HERBAUT / Le Figaro Magazine

Arrière-petite-nièce de l’économiste fondateur du social-libéralisme anglais, également pionnier du féminisme, Laura Keynes est aussi l’arrière-arrière-arrière-petite-fille de celui qui permit pour la première fois de douter scientifiquement de l’existence de Dieu, Charles Darwin.

En 2000 se produit à Oxford un débat sur l’existence de Dieu, autour du pamphlet The God Delusion (L’Illusion de Dieu), de l’Anglais Richard Dawkins, chef de file du courant dit des Nouveaux Athées. Jeune thésarde à l’époque, elle se pose la question suivante : est-il possible de démontrer l’existence de Dieu, ou sa non-existence, avec des arguments rationnels? Elle s’y essaye donc, avec beaucoup d’autres étudiants, « convaincue qu’en m’intéressant aux écrits et aux propos des uns et des autres, avec la formation d’universitaire qui était la mienne et en examinant rigoureusement les faits comme nous l’avons toujours fait dans notre famille, j’allais glisser de l’agnosticisme à l’athéisme ».

C’est le contraire qui se produit : « J’ai tout lu, tout écouté, aidée par mon entraînement universitaire à l’analyse critique, avant de réaliser que c’étaient les arguments en faveur de la foi qui me paraissaient les plus convaincants. La raison a eu beaucoup d’importance dans mon retour à Dieu: il m’en a fallu beaucoup pour étudier tout ce qui me paraissait discutable dans les écrits des Nouveaux Athées, puis pour comprendre pourquoi je n’étais pas d’accord avec eux. Leur agressivité et leur condescendance m’y ont beaucoup aidée. Notamment lorsqu’ils postulent que la religion ne s’adresse qu’à des gens stupides et superstitieux alors que je me souvenais fort bien que l’église où j’allais enfant, Blackfriars à Cambridge, n’était fréquentée que par des étudiants et des professeurs très intelligents et cultivés… sans oublier que la théologie n’est pas franchement une discipline pour les benêts. »

Mais le plus perturbant pour elle, c’est la façon dont les Nouveaux Athées s’appuient sur les travaux de Darwin pour justifier leur intolérance à l’égard des croyants: « (…) Les athées militants préfèrent les certitudes. Ils utilisent les théories de Darwin pour affirmer que Dieu n’existe pas, d’une façon qui l’aurait certainement mis très mal à l’aise. Lui-même pensait que l’agnosticisme était la position la plus cohérente, parce que le sujet, dans son ensemble, est trop vaste pour un intellect humain. »

Agnostique, Darwin? Son arrière-arrière-arrière-petite-fille confirme, en s’indignant tout particulièrement de la désinvolture avec laquelle Richard Dawkins s’est permis de titrer son livre d’après Darwin en expliquant qu’il « avait dissipé triomphalement l’illusion de Dieu ». Un choix d’adverbe parfaitement inapproprié, voire malhonnête, selon elle: « Tout ce que mon père et mes grands-parents m’ont raconté sur Darwin en tant que mari, père et grand-père – et tout ce que ses biographes ont confirmé – m’autorise à affirmer que le triomphalisme ne faisait absolument pas partie de son caractère. Il n’était pas du tout du genre à se réjouir d’une éventuelle défaite du christianisme, ou de la perte de foi de quelqu’un. C’était un homme réservé, circonspect, respectueux des opinions des autres. Il n’avait rien d’un athée, ni encore moins d’un athée fier de l’être! Darwin n’était pas seulement agnostique, il trouvait également absurde que l’on puisse douter de l’intelligence d’un homme qui croirait à la fois en Dieu et à la théorie de l’évolution. »

Finalement, ce sont donc bel et bien les athées qui l’ont poussée à retourner vers l’Église de son enfance, même si ce chemin fut long: « J’ai écouté ce que me disait mon cerveau, et aussi mon cœur, et je n’ai franchi le dernier pas qu’après mûre réflexion, et beaucoup d’autres lectures. »

Sa foi répond à la question sur l’origine de nos origines.

Ce « dernier pas », ce fut sa confirmation, en juin 2010, alors qu’elle avait déjà 31 ans. Une décision qu’elle ne pouvait, ni ne voulait, cacher à sa famille. « Je suis issue d’une longue lignée de scientifiques« , rappelle-t-elle. « Dans mon arbre généalogique, il n’y a pas seulement Darwin, mon arrière-arrière-arrière-grand-père, il y a aussi John Maynard Keynes, mon arrière-grand-oncle, ainsi qu’un prix Nobel de physiologie, Lord Adrian, mon arrière-grand-père. Et cette famille de scientifiques est en outre terriblement anglaise: nous ne parlons pas de sentiments ni encore moins d’expériences spirituelles personnelles. Ce n’est pas qu’on y insulte la religion, ainsi que le font les Nouveaux Athées, c’est plutôt qu’on l’ignore, à l’instar de quelque chose qui ne mérite pas qu’on s’y intéresse. »

Aussi marginale que ses aïeux, elle espère avoir hérité de leur courage.

L’essentiel du combat se déroule désormais hors du cercle familial. En philosophe rompue aux débats d’idées, Laura Keynes s’est en effet rapidement mise après sa « re-conversion » au service de la défense des valeurs du catholicisme: interventions à la radio, blog, conférences, articles dans les journaux. Elle intervient aujourd’hui sur tous les grands sujets de société – mariage homosexuel, suicide assisté, avortement, fécondation in vitro, mères porteuses, eugénisme. « L’eugénisme, c’est le côté obscur de ma famille, précise-t-elle à ce sujet. Il y a d’abord eu un cousin de Darwin, Francis Galton, qui a été le premier à associer ce mot aux pratiques d’amélioration génétique de la race humaine. Puis d’autres s’y sont mis: depuis John Maynard Keynes jusqu’à mon arrière-grand-mère, Dame Ellen Pinsent, qui participa à l’élaboration de la loi de 1912 sur l’internement des handicapés mentaux » (visant notamment à leur interdire de procréer, ndlr).

Autant de prises de position qui ne lui valent évidemment pas que des amis. Mais ce qui énerve le plus ses détracteurs, c’est encore et toujours son ascendance, désormais revendiquée: « Il se trouve que je suis une Darwin, une Keynes et une catholique, et que je ne peux renier aucune de ces composantes, leur répond-elle: Mieux, j’en suis fière. C’est un cadeau qui m’a été donné, et il m’appartient d’en user pour aider les autres. » Elle rit de ce titre assez pertinent, trouvé à son sujet par un journal anglais: « Laura Keynes est la preuve vivante que la théorie de l’évolution fonctionne! »

Quand on lui fait remarquer qu’elle a finalement suivi le même chemin que son aïeul, à rebours, puisqu’il s’était engagé dans des études de théologie pour devenir pasteur avant d’hésiter longuement à publier ses travaux de peur d’être rejeté par sa famille et par la société pour hérésie, elle en tire cette conclusion: « C’est vrai. Darwin et Keynes se sont tous les deux opposés aux conventions intellectuelles et sociales de leurs époques, un peu comme moi en étant catholique aujourd’hui. Alors, j’espère que s’ils m’ont légué quelque chose, c’est un peu de leur courage! »

Source : http://info-evangelique.fr/une-descendante-de-darwin-vient-a-la-foi-chretienne-par-la-raison/



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