Résister contre le mal et le dénoncer est un devoir du chrétien – Apocalypse 3v15-16

Théologie de la résistance contre théologie de la résignation.

– Par Andrew Sandlin

Un jour, un ver qui avait creusé le front d’une Mère Supérieure au Moyen Âge tomba alors qu’elle se penchait. Croyant que toute souffrance humaine est la volonté de Dieu, elle réintroduisit le ver dans son front [1]. Elle avait adopté la théologie prégnante, masochiste et diabolique de la résignation plutôt que celle de la résistance : les chrétiens devraient se résigner au triomphe du mal, car le mal sert les desseins secrets, impénétrables, mais bons de Dieu.

En opposition radicale à cette théologie de la résignation, en soutenant une théologie de la résistance, le chrétien sait que Dieu ne gouverne pas le monde de manière arbitraire, maintenant un plan secret en conflit avec son plan révélé dans la Bible. Le mal, qui a commencé avec l’insurrection cosmique de Satan et a envahi la terre dans le jardin d’Éden, constitue une guerre contre les desseins de Dieu. Alors que Dieu est si puissant qu’Il peut utiliser même le mal pour accomplir ces desseins (Psaumes 76:10), Il abhorre le mal ; et Il a envoyé son Fils pour mourir sur la Croix et ressusciter des morts pour écraser le mal (1 Jean 3:8). L’Évangile, en fait, est le programme de Dieu destiné à écraser le mal [2]. L’existence du mal où qu’il se trouve est un affront à un Dieu saint, et, bien qu’Il soit patient, Il ne le supportera pas éternellement.

Théologie de la résignation

Une arme malfaisante dans l’arsenal de Satan est de convaincre le peuple de Dieu que la victoire du mal fait partie, en quelque sorte, de Ses desseins secrets. La logique est généralement la suivante : Dieu seul sait ce qui est le mieux, et parfois la victoire du mal est la meilleure chose, alors Il décrète secrètement sa victoire, et nous n’osons pas lui résister. La Bible ne dit jamais réellement cela, bien entendu, et ne l’enseigne même pas ; mais ce raisonnement sert souvent de prétexte à ceux qui désirent une justification de leur passivité ou de leur lassitude (ou, de façon moins excusable, de leur paresse ou de leur lâcheté) face au mal universel. Cette logique est transformée en théologie : la théologie de la résignation. Les théologiens de la résignation invoquent des épisodes exceptionnels de la Bible, comme celui où Dieu révèle à Jérémie qu’il doit avertir les Juifs apostats de ne pas s’opposer à l’invasion imminente de Babylone, car la captivité était la juste punition divine pour leurs péchés (Jérémie 27:28). Il est vital de se rappeler, cependant, que cet acte de résignation a été ordonné par Dieu par révélation ; ce n’était pas une spéculation (si courante chez les chrétiens d’aujourd’hui) sur les prétendues intentions secrètes de Dieu. Dans presque tous les cas, le dessein révélé de Dieu (qui n’est jamais différent de Son dessein secret) est que Son peuple résiste au mal. La piété superficielle de la théologie de la résignation plaît aux chrétiens sincères, mais naïfs : « Plus que tout, je veux me soumettre à la volonté de Dieu, même si cela signifie que le mal triomphera. » Mais le triomphe du mal n’est jamais la volonté de Dieu. Même le mal sous forme de châtiment sur les méchants ou sur le peuple de Dieu (comme Babylone avec Israël) est une étape intermédiaire menant au jugement du mal lui-même : Dieu a promis à Israël qu’après avoir utilisé Babylone pour accomplir Son dessein de jugement, Il rejetterait Babylone brutalement et restaurerait Son peuple (Jérémie 24:12-14). En dehors d’une révélation divine verbale déclarant le contraire, la volonté de Dieu sera toujours que nous résistions au mal. Puisque cette révélation s’est terminée avec la fixation du canon biblique, la volonté de Dieu pour aujourd’hui pour son peuple confronté au mal est : toujours résister, tout le temps.

Résistance biblique au mal

La Bible regorge d’exemples de sainte résistance, et non de résignation, au mal. Bien que nous ne puissions pas résister aux ordonnances de Dieu comme le gouvernement civil (Romains 13:2), nous rencontrons à plusieurs reprises des exemples de sainte opposition et de sainte résistance au mal, et de victoire sur ce dernier. Noé a résisté à ses contemporains impies antédiluviens. Abraham a poursuivi, vaincu et dépouillé les ravisseurs de Lot. Moïse, Josué et les juges ont résisté aux ennemis cananéens des Juifs. David a résisté à Goliath, le blasphémateur. Élie a résisté au roi apostat Achab et à sa maudite femme Jézabel. Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont résisté à la fois à Israël qui errait loin des voies de Dieu et aux nations dépravées qui l’entouraient. Jésus est venu résister aux œuvres sataniques qui se manifestaient par des possessions démoniaques et des maladies ainsi qu’aux faux enseignements des pharisiens et des sadducéens. Les apôtres ont résisté au judaïsme qui niait le Christ et à une Rome autoritaire. Paul a résisté aux judaïsants. Aucun livre de la Bible ne reflète mieux la théologie de la résistance que l’Apocalypse : résistance contre le judaïsme incroyant et contre la Rome impériale, que Dieu a promis d’écraser tous les deux – et qu’Il a, en fait, bien écrasés (Apocalypse 11:15-19 ; 18:1-19:21) [3].

Restauration de la théologie de la résistance

Notre époque est une période d’apostasie rampante, tant dans l’Église que dans la culture, et ce mal encourage la résignation chez de nombreux chrétiens. Ils lèvent les mains de désespoir : « À quoi sert la résistance ? Qui sait ? Peut-être tout ce mal est-il la volonté de Dieu. » Une telle réaction est fatale – et signale un manque de foi. Le mal n’est jamais la volonté de Dieu. David Wells écrit :

Accepter le statu quo ou « la vie telle qu’elle est » (c’est-à-dire accepter l’inévitabilité de la manière dont les choses sont dans la vie), c’est abandonner une vision biblique de Dieu. Cette résignation à ce qui est anormal renferme la supposition cachée et inconsciente selon laquelle la puissance de Dieu de changer le monde, de vaincre le Mal par le Bien, ne se concrétisera pas [4].

Le fait que Dieu ait choisi de « prendre tout Son temps » pour accomplir Ses desseins en rapport avec le monde [5] et donc pour écraser le mal ne doit jamais nous amener à penser qu’Il tolère le mal et que nous pouvons, par conséquent, nous y résigner. Notre tâche est de nous séparer du mal, de le dénoncer et de nous y opposer. « Résistez au diable et il s’enfuira loin de vous » (Jacques 4:7). « Ceux qui abandonnent la loi, écrit Salomon, louent les méchants, mais ceux qui gardent la loi leur font la guerre » (Proverbes 28:4). « Et ne prenez pas part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les » (Éphésiens 5:11). J’attire votre attention sur le fait frappant qu’il nous est demandé non seulement d’éviter le mal, mais aussi de le condamner. Nous avons l’ordre de combattre l’iniquité qui nous entoure. Résistance, et non résignation.

Conclusion

L’objectif de Dieu dans l’œuvre rédemptrice de Son Fils est d’écraser la tête du serpent, d’abord en sauvant les pécheurs, les humains créés à Son image, et, ensuite, en sauvant le monde des conséquences toxiques du péché de l’humanité. Mais ce salut exige la confrontation, et la confrontation exige la résistance.

Roe v. Wade [6], Obergefell v. Hodges [7], le marxisme culturel, la pornographie, la fierté gaie, le multiculturalisme, le sexe hors mariage, la convoitise, le darwinisme, l’absence de prière, le féminisme idéologique, l’incrédulité et une foule d’autres péchés culturels affligent nos familles, nos églises et la société. Nous n’osons pas nous y résigner. Tant que Dieu ne se résigne pas au péché, nous ne le pouvons pas non plus. La théologie de la résistance pleine d’audace est l’appel de cette heure.

Notes :

[1] Ralph D. Winter, « The Mission of the Kingdom”, dans Perspectives on the World Christian Movement, Ralph D. Winter et Steven C. Hawthorne, sous la direction de (Pasadena, Californie : William CareyLibrary, 2009, 4e édition), 573.

[2] P. Andrew Sandlin, Crush the Evil, God’s Promises Heal Man’s Pessimism(Coulterville, Californie : Center for Cultural Leadership, 2016).

[3] David Scott Clark, The Message from Patmos (Londres, Forgotten Books, 2018, n.d.).

[4] David Wells, “Prayer: Rebelling Against the Status Quo”, dans Perspectives on the World Christian Movement, 160.

[5] Colin E. Gunton, The Triune Creator (Grand Rapids : Eerdmans, 1998), 16.

[6] N.d.t. : “Roe v. Wade, 410 U.S. 113 est un arrêt historique rendu par la Cour suprême des États-Unis en 1973 sur la question de la constitutionnalité des lois qui criminalisent ou restreignent l’accès à l’avortement. La Cour a statué, par sept voix contre deux, que le droit à la vie privée en vertu de la Due Process Clause du quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis s’étendait à la décision d’une femme de se faire avorter, mais que ce droit doit être mis en balance avec les intérêts de l’État dans la réglementation de l’avortement : protéger la santé des femmes et protéger le potentiel de la vie humaine.

L’arrêt Roe v. Wade a marqué le débat américain sur l’avortement et sa légalisation, mais aussi le rôle de la Cour suprême américaine, ainsi que des opinions sur la place de la religion dans la sphère politique. » (Wikipedia.)

[7] N.d.t. : “Obergefell v. Hodges est un arrêt rendu le 26 juin 2015 dans l’affaire James Obergefell et al., Petitioners, v. Richard Hodges, Director, Ohio Department of Health, et al. (ou Obergefell v. Hodges, 576 U.S.) par la Cour suprême des États-Unis est un arrêt de principe, fondamental, dans lequel ladite Cour suprême considère le mariage homosexuel comme un droit constitutionnel en vertu du 14e amendement de la Constitution des États-Unis. Cet arrêt a pour principal effet de rendre le mariage homosexuel légal dans l’ensemble des États-Unis et notamment dans les quatorze États fédérés et les territoires américains ne l’ayant pas encore autorisé. » (Wikipedia.)

andrewsandlin

P. Andrew Sandlin, fondateur et président du Center for Cultural Leadership, est un ministre ordonné et un théologien culturel qui se consacre à appliquer le christianisme biblique historique dans le monde contemporain. Il s’est spécialisé en philosophie et théologie, en sciences sociopolitiques et en histoire des idées. Il est marié et a cinq enfants adultes et trois petits-enfants.

Source : https://lumieremonde.wordpress.com/2019/05/21/theologie-de-la-resistance-contre-theologie-de-la-resignation-par-andrew-sandlin/

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