Religion raisonnable ou Évangile ?

Pour poursuivre la réflexion de Pierre de B. à propos d’une tendance intellectualiste marquée dans les églises et du contraste avec la foi vivante du cœur, mais aussi en prolongement de mes remarques sur le libéralisme, voici une rapide analyse historique par Nancy Pearcey du clivage entre les églises officielles et les églises libres (évangéliques) aux États-Unis. Cette analyse est valable partout. Les églises qui croissent le mieux et le plus vite, partout dans le monde, sont celles qui sont fidèles à l’Évangile et à la Parole de Dieu et non celles qui s’acclimatent de la culture environnante. A méditer et répercuter dans notre manière de faire de l’apologétique…

« Une foi monopolisée génère de l’indifférence religieuse non seulement dans le clergé mais aussi parmi les membres. C’est l’une des raisons de l’infériorité des taux d’appartenance religieuse à l’époque des colonies, contrairement à ce que nous supposons généralement. Une analogie moderne serait possible avec la Suède où tout le monde est supposé être luthérien, ou l’Italie où tout le monde est catholique romain. Le taux de participation dans ces pays est étonnamment bas comparé à celui de l’Amérique.

En dernier lieu, les églises officielles tendaient à être les premières à dériver vers le libéralisme théologique. Plus l’église était riche, plus son clergé jouissait sans doute d’un statut social et d’une formation universitaire – et plus elle accueillait le libéralisme apparu dans les universités européennes de l’époque. Longtemps avant la Révolution américaine, les chefs de file d’Harvard et de Yale étaient devenus unitariens. Au lieu d’exhorter leurs auditoires à la repentance et au salut, ils offraient une élégante rhétorique sur « la religion raisonnable, » une religion d’où les éléments surnaturels étaient de plus en plus souvent exclus. Au moment où éclatèrent le Premier et le Second Grands Réveils, le clergé libéral fit opposition avec fermeté et se déclara du côté de « la Raison » contre les revivalistes ou « religion du cœur. »

L’échec était assuré. Une idée courante veut que les églises s’adaptent à leur temps pour survivre. En fait, c’est l’inverse qui se vérifie : A chaque période de l’histoire, les groupes religieux ayant une croissance rapide sont ceux qui mettent les croyants en rupture avec la culture environnante. Par principe, la tension accrue entre un groupe et la société dominante correspond à un taux de croissance accru du groupe en question.

« Les organisations religieuses sont renforcées en proportion des coûts imposés à leurs membres en termes de sacrifice et même de stigmatisation, » selon Finke et Stark. Pourquoi cela ? Les religions qui exigent beaucoup donnent aussi beaucoup. Une religion franchement surnaturelle peut exiger davantage de ses adhérents qu’un évangile dilué dans une « religion raisonnable » ou un activisme social. Mais, en retour, elle rétribue beaucoup plus largement en termes de substance doctrinale, d’intensité dans l’expérience spirituelle, avec le sentiment d’un accès direct à Dieu. Voici le commentaire sans nuances de Fink et Stark : « Les gens vont à l’église ‘en quête de salut,’ et non d’un service social. » »

Note: Finke et Stark, Churching of America, 238, 212.

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