Une « nano-pocalypse » en vue ?

Russes et Chinois développent des armes miniature dont le potentiel de destruction est inversement proportionnel à la taille.

Les Etats-Unis, la Chine, et la Russie, débloqueraient des fonds pour développer les nano-armements, des robots et des drones de la taille d’un insecte. Ces armes d’une nouvelle génération pourraient transporter des produits agents pathogènes et être la sources de gros dégâts.

Atlantico : Selon le physicien et spécialiste des questions du futur Louis Del Monte, les Américains, les Russes et les Chinois seraient en train d’investir des sommes importantes dans le développement de nano-armes de la tailles d’insectes. De quel type d’armement s’agit il et à quelle utilisation sont elles destinées ? Quelle est le danger représenté par de tels armements, et ou en est on de leur développement ?

Michel Volle : On peut en effet concevoir des drones minuscules, ayant la taille d’un insecte et imitant sa forme.

La première utilisation à laquelle on pense est l’espionnage : un frelon bionique pourrait se faufiler partout sans éveiller la méfiance, et transmettrait les sons et les images des lieux qu’il visite. On pense aussi à des essaims de frelons bioniques qui envahiraient le champ de bataille pour apporter une masse de données…

Il faut cependant résoudre des problèmes techniques : l’insecte artificiel doit emporter de l’énergie pour avoir un rayon d’action et une durée de vol suffisants, alimenter caméra et micro, éventuellement transmettre le son et l’image…

L’équiper d’une arme pose d’autres problèmes. Il n’est pas question de lui faire transporter le canon d’un pistolet : il faut donc que l’arme soit d’un type nouveau, du genre de ce que préparent les nanotechnologies et qui n’est pas encore clairement défini. On peut penser aussi à une arme biologique, un germe de petit volume : mais la mise en œuvre d’une telle arme est soumise à de fortes contraintes et ses effets peuvent se retourner contre l’expéditeur.

Bref : il existe déjà des frelons bioniques, mais en faire une arme efficace demande un important effort de recherche et prendra du temps.

Toujours selon Louis Del Monte, des terroristes pourraient mettre la main sur ces robots dès 2020, notamment en raison du marché noir. Quelles sont les menaces spécifique de ces nouveaux armements ?

Michel Volle : Il se peut que ces armes tombent entre les mains de terroristes une fois qu’elles seront au point : ce risque existe pour tous les types d’arme. La dissémination des armes les plus sophistiquées est cependant freinée par le secret qui protège l’expertise nécessaire à leur mise en œuvre.

Les terroristes n’ont par exemple pas mis la main, à ma connaissance, sur les bombes atomiques miniaturisées (de la taille d’un sac à dos) qui existent pourtant depuis une cinquantaine d’années : le délai entre l’invention d’une arme nouvelle et sa mise en vente sur le marché noir est important. Il est donc peu probable que des terroristes puissent utiliser des frelons bioniques comme arme dès 2020.

Dans quelles mesure les Français et les Européens ont pris conscience d’un tel risque ? Quelles sont ou quelles ont été les réactions mises en place ?

Michel Volle : D’après ce qu’on peut lire les Israéliens et les Américains sont les plus avancés dans la mise au point de ces armes. Je n’ai pas d’information sur les recherches qui seraient accomplies par des Français ou, plus largement, des Européens : on parle peu de ce genre de choses…

Les Russes et les Chinois financent-ils des programmes de recherche sur le nano-armement ? Et dans quel but le font-ils ?

Cyrille Bret : La Fédération de Russie et la République Populaire de Chine ont en commun d’avoir lancé une vaste modernisation de leurs forces armées respectives durant la dernière décennie pour rattraper leurs retards technologiques, doctrinaux, équipementiers face aux Etats-Unis. Les investissements dans les nanotechnologies font partie de cet effort de mise à jour.  En Russie, le plan de modernisation des forces armées a été lancé en 2009 par le Président Poutine suite à la guerre en Géorgie durant laquelle les archaïsmes de l’armée russe sont apparus.

En conséquence, le budget annuel de défense a été porté à 4% du PIB y compris pendant la crise ukrainienne. Les forces armées ont été portées à 800 000 hommes et les structures des forces ont été complètement revues pour prendre en compte le besoin de réactivité grâce à des brigades. Les investissements ont été massifs dans les technologies, y compris les plus innovantes dont les nanotechnologies.

La Russie a traditionnellement été une source d’innovations technologiques dans le domaine aéronautique et dans celui des missiles comme en témoignent ses exportations de chasseurs, de missiles anti-missiles ou encore d’avions de reconnaissance vers la Chine. Investir dans les nanotechnologies est le choix de la frontière technologique d’où elle a été longtemps absente, à l’instar de ce qui a été fait dans le domaine cyber. La conséquence est que la Russie est désormais, par son budget, la 4ème puissance militaire au monde avec 66,5 milliards de dollars par an. La RPC est, elle engagée dans une révolution militaire considérable. Elle est passée d’une armée pléthorique, sous-équipée et largement tournée vers le maintien de l’ordre intérieur à une armée capable de se projeter dans les théâtres asiatiques d’intérêt vital pour les approvisionnements chinois : en mer de Chine du Sud où les conflits territoriaux avec le Vietnam et les Philippines est récurrents. Mais également dans le domaine cyber : elle a développé un appareil de lutte sur Internet très puissant au sein de l’Armée populaire de libération (APL). Là encore, l’investissement dans le domaine des nanotechnologies vise à combler un retard dans un domaine où le rival américain et son allié japonais ont un avantage historique. En un mot, les investissements chinois et russes en nanotechnologies sont destinés à préparer la prochaine étape de la rivalité avec les Etats-Unis.

Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/nano-pocalypse-en-vue-russes-et-chinois-developpent-armes-miniature-dont-potentiel-destruction-est-inversement-proportionnel-2997784.html



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