L’éducation des enfants dans leur rapport à la nourriture

Commentaire: En plus de bannir la télévision et pour leur faciliter cette éducation, les parents devraient aussi s’assurer qu’aucune sucrerie n’entre jamais au foyer afin que les enfants en soient le moins dépendant possible. Non seulement ils seraient en meilleure santé mais il en résulterait aussi moins de caprices et des négociations à table moins éprouvantes. D’autre part si l’enfant n’a pas faim il est préférable de respecter ce choix si par ailleurs on fait en sorte qu’il attendra, sans grignoter – qui est très mauvais pour la santé – , le repas suivant. Le jeûne forcé intermittent est par contre excellent pour la santé ! Cela sera d’autant plus facile à l’imposer s’il n’y a rien de « grignotable » à la maison; car du coup il n’essaiera pas de vous amadouer (surtout s’il n’en est pas dépendant) afin d’accéder à des sucreries que vous auriez placées hors de sa portée. Ce qui vous obligera aussi à moins grignoter et à donner l’exemple.

Propos interdits sur l’éducation à l’alimentation.

Chère lectrice, cher lecteur,

    • Toto, mange ta soupe !
    • Nan, j’veux pas !
    • Les voisins : bourreau d’enfants !!

Ce sketch de Fernand Raynaud, qui nous a tant fait rire [1] n’amuserait plus personne aujourd’hui.

On lui enverrait la Police, les services de protection de l’enfance, des psychologues.

En aucune circonstance et sous aucun prétexte, vous ne devez forcer votre enfant à manger plus qu’il n’en a envie”, nous explique-t-on aujourd’hui.

C’est ce qui sort en premier sur Google quand on tape la question “Faut-il forcer son enfant à manger” :

Manger 1

S’en suivent des centaines d’articles expliquant tous la même chose :

Le bon parent “laisse son enfant manger comme il le souhaite”

Le bon parent “laisse son enfant manger comme il le souhaite”.

Il ne fait ni commentaire positif ni négatif. Si l’enfant refuse ce qu’on lui donne, le bon parent n’insiste pas, mais ne lui donne rien d’autre jusqu’au repas suivant.

Ainsi l’enfant apprend à s’autoréguler.

C’est une belle théorie. Mais elle est inapplicable.

La caricature du mauvais parent qui force son enfant à finir son assiette

Dans l’imaginaire collectif, on se représente facilement la mère énorme et tyrannique, qui force son enfant déjà surnourri à finir son assiette.

L’assiette est pleine, débordante. Malgré ses efforts et ses larmes, la pauvre victime ne parvient pas à fourrer tout cela dans son petit estomac.

On est en plein dans le conte “Hansel et Gretel”; ces enfants forcés à s’engraisser par une sorcière dans une maison en pain-d’épices !

Manger 2

Ou alors, dans le film “Le Grand Bleu”, la mère sicilienne qui force son fils Jean Reno à se bourrer de “pasta” :

Manger 3
Dans le film “Le Grand Bleu”, Jean Reno est harcelé par sa “Mama” qui le force à se bourrer de spaghettis.

Cette image ne correspond évidemment pas au problème dont je parle aujourd’hui.

Le cas dont je vous parle, c’est l’enfant de 1 à 6 ans qui refuse de manger parce qu’il veut sa Danette au chocolat tout de suite.

Si l’enfant ne finit pas son assiette maintenant, il reviendra au bout de 30 minutes réclamer des bonbons

L’assiette n’est pas surchargée.

L’enfant n’a rien ou très peu mangé.

Si on le laisse quitter la table sans finir son assiette, il reviendra au bout de 30 minutes réclamer un biberon, un dessert, des gâteaux, des bonbons, sous peine de cris, de colères.

De mauvaise humeur à cause de l’inanition, il se disputera avec les autres, se mettra en situation d’être puni, alors que tout irait mieux pour lui s’il n’avait pas l’estomac vide, et s’il avait mangé les bonnes choses que vous lui aviez préparées.

Le laisser faire, ce n’est pas lui rendre service. Ce n’est pas non plus rendre service aux adultes qui devront le supporter (voir plus loin au sujet des adultes).

En effet, il ne faut pas oublier que les adultes doivent se donner du mal pour préparer à manger, tous les jours, à leurs enfants. Même en famille, et même avec des petits, un minimum de réciprocité est nécessaire, pour continuer à faire à manger de bonne grâce aux enfants.

Si l’enfant jette sa nourriture à la figure de celui qui lui a gentiment préparé, il est inévitable que celui-ci se sente, à la longue, agacé, voire énervé contre son enfant, ce qui n’est jamais bon dans une famille.

Les psychologues se trompent de combat

Quand un psychologue vous conseille de laisser l’enfant manger “selon ses besoins naturels”, il se trompe – et vous trompe – de combat.

En effet, l’enfant qui refuse son assiette et exige un dessert tout de suite n’est pas dans l’expression de ses besoins alimentaires.

Il est dans l’épreuve de force.

La question n’est pas de savoir si, physiologiquement, son organisme a besoin des nutriments qui se trouvent dans le poulet, les carottes Vichy ou la purée de céleri.

Ce qu’il cherche à déterminer, c’est qui décide à la maison.

Est-ce moi qui ai le pouvoir ? Ou est-ce Papa et Maman ?

Mauvais pour la santé de ne pas prendre de bonnes habitudes alimentaires

De plus, il est faux de prétendre que les petits mangeront spontanément « ce dont leur corps a besoin« .

L’enfant qui mange ce qu’il veut finira inévitablement par se gaver à toutes heures de sucreries.

Rappelons-le, nous sommes parvenus à multiplier les cas d’obésité chez les enfants par dix en quarante ans, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, [2] sans parler des pathologies liées à l’alimentation (boulimie, anorexie).

A cela s’ajoute l’explosion des maladies métaboliques chez les enfants : diabète et prédiabète [3], maladies du foie [4], surpoids.

Cette augmentation s’est produite précisément au moment où les saines habitudes alimentaires des enfants ont été perturbées.

Les conseils qui suivent visent donc à sauvegarder la santé des enfants, tout autant que la bonne ambiance dans la famille.

Ils s’appliquent lorsque les enfants ont bien joué et qu’ils ont besoin de reprendre des forces, et qu’ils ne viennent pas d’avaler un énorme goûter, juste avant de passer à table.

Eteindre la télé

D’abord, on éteint la télé.

S’il y a une télévision dans la cuisine, la débrancher et la transporter dans une autre pièce (par exemple la cave ou le grenier).

En détournant l’attention de la nourriture, la télévision perturbe la mastication, la production de salive et l’activation du goût.

De plus, l’être humain apprend à réguler son appétit selon ce que les autres mangent autour de lui, en vitesse et en quantité. Nous sommes des êtres sociaux et la télévision à table détruit cela, ce qui peut expliquer les pathologies autour de la nourriture.

Cuisiner quelque chose de bon, mais ne pas donner le choix

Il faut bien sûr leur cuisiner quelque chose de bon. Qui sente bon, et qui soit bon au goût.

En revanche, on ne leur donne pas le choix de ce qu’ils veulent manger, car les petits ne sont pas encore capables d’assumer la charge de cette décision.

En demandant : “Que veux-tu manger mon chéri ?”, l’adulte se défausse sur l’enfant d’une réflexion et d’une décision qui lui incombent.

La réponse sera toujours « des coquillettes ou des frites au ketchup » et des desserts.

De plus, le parent ne doit pas se mettre en situation d’esclavage vis-à-vis de son enfant. Vous n’êtes pas son domestique. Vous aussi, vous avez vos contraintes, notamment le repas que vous mangez vous-même et il est normal d’enseigner à votre enfant à tenir compte des autres personnes qui vivent sous le même toit.

Servir de petites portions

Installer l’enfant bien assis, à la bonne hauteur, devant son assiette, et le servir de façon raisonnable. Une petite assiette, correspondant à ses besoins minimums, quitte à le resservir s’il a encore faim.

Que veut dire raisonnable ? Hé bien, chez l’être humain, cela dépend du moment de la journée, de la saison, etc. Il n’y a pas de règle scientifique.

C’est une chose que l’on doit ressentir, et qui dépend de chacun. Une petite fille sage et fluette, restée toute la matinée à rêver dans le salon en écoutant des chansons, mangera moins qu’un petit boxeur de 4 ans qui revient tout crotté d’avoir fait les quatre cent coups dans le quartier.

Bref, on sert à l’enfant une portion raisonnable, et on l’invite à manger gentiment, ou on l’aide s’il n’a pas encore l’âge de manger seul. Tout cela doit avoir lieu dans la joie et la bonne humeur.

Donner à manger à quelqu’un est, rappelons-le, un acte d’amour.

Si, à ce moment là, le petit déclare qu’il n’aime pas, se plaint, s’énerve, exige autre chose, alors on lui montre… qui est le chef.

Lui montrer qui est le chef

Pensez au Roi Lion Muphasa devant son fils Simba :

Manger 4

Vous ne devez pas avoir besoin de vous énerver. Ni même d’élever la voix.

C’est une question de posture, de ton, de regard. L’enfant doit comprendre que vous serez implacable. Qu’il n’a aucune chance de parvenir à vous tenir tête.

Si vous affrontez un cas problématique, vous devez vous être organisé pour avoir tout votre temps car, nous allons le voir, les enfants peuvent être résistants, très résistants.

D’abord, essayez de jouer

Approchez une chaise pour vous asseoir devant l’enfant avec une cuillère.

L’enfant récalcitrant va tourner la tête dans la direction opposée. Si vous mettez la cuillère de l’autre côté, il ramènera sa tête dans votre direction.

Commencez par faire des jeux, comme “Tchou tchou le petit train, le petit train qui veut rentrer dans le tunnel” et faites “AAAAHHH” en ouvrant la bouche au moment où la cuillère arrive devant les lèvres fermées.

S’il refuse, faites semblant de ne pas comprendre. Montrez lui que vous voulez jouer, et recommencez quatre ou cinq fois, en souriant, en chantant, pour lui donner le temps de changer d’avis.

Le chatouiller et l’énerver pour l’obliger à ouvrir la bouche

S’il persiste à refuser d’ouvrir la bouche, il faut le chatouiller, l’énerver d’une façon ou d’une autre avec une main, jusqu’à ce qu’il finisse par ouvrir la bouche pour se plaindre, et boum, vous lui enfournez sa première cuillerée.

S’il crie et crache, recommencez aussitôt.

A ce moment, l’enfant va pleurer, se tortiller, essayer d’attirer la pitié d’un autre adulte dans la pièce (évitez donc la présence d’un autre adulte s’il n’a pas compris que vous faites cela pour rendre service à votre enfant, et non pour l’embêter).

Et c’est là qu’il va falloir faire preuve de patience, et d’humour intérieurement car les enfants peuvent résister des dizaines de fois.

Il est important de bien garder à l’esprit que vous jouez une pièce de théâtre… Regardez le de près, droit dans les yeux, et expliquez d’une voix calme mais forte qu’il ne gagnera pas.

Que quoiqu’il arrive, il est inutile d’essayer d’attirer la pitié de qui que ce soit. Vous n’êtes nullement en train de le brutaliser, mais de l’aider à faire la chose la plus naturelle qui soit, et qui lui est nécessaire à lui, pour son propre développement : manger.

Rappelez-vous que vous êtes beaucoup plus grand que l’enfant, et que c’est lui qui est censé avoir peur

Bien souvent, les adultes font l’erreur de se décourager trop vite.

Si vous sentez que vous doutez de vos chances de succès, rappelez vous la différence de taille et de force entre vous et l’enfant.

L’enfant est en train de s’en prendre à une personne qui fait cinq fois ou dix fois son poids, et trois fois sa taille. Foncièrement, il sait qu’il n’a aucune chance.

En fait, il vous mène une guerre purement psychologique, comme les Iraniens contre les Américains.

Manger 10
Le leader iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui menaçait les Etats-Unis de destruction.

Il sait que, en cas de confrontation réelle, il n’a aucune chance.

Mais par contre il sait aussi instinctivement que vous êtes plein de doutes, que vous n’êtes pas vraiment prêt à vous battre, ce qui le galvanise et lui donne une audace disproportionnée à ses forces.

Tout va donc se jouer dans votre capacité à manifester extérieurement votre détermination. Votre capacité à lui montrer votre courage. Que s’il est obstiné, vous le serez plus que lui quoiqu’il arrive.

Poussez des grands cris d’approbation quand il obéit

Dès que l’enfant avale, poussez un grand cri d’approbation. Il faut le féliciter, lui montrer qu’on est fier de lui, et que l’ambiance, soudain, tourne à la fête.

Maintenant, ne soyez pas surpris si l’enfant finit quand même par gagner, les premières fois. J’ai l’expérience en particulier des petits vers l’âge de 10 ou 11 mois, qui vont refuser de manger leur petit pot quoiqu’il arrive.

Il va falloir persister plusieurs repas de suite pour leur faire avaler, à chaque fois, deux ou trois cuillerées. Mais c’est mieux que rien. Si vous tenez bon, vous serez surpris de constater que soudain, du jour au lendemain, ils se mettent à manger normalement.

J’ai vu des enfants qui tenaient une bonne heure avant de prendre une seule cuillère de nourriture. Deux heures pour manger leurs premières bouchées, forcés. Pour les plus teigneux, le bras de fer peut reprendre aux repas suivants. La limite maximale étant, dans mon expérience, de trois jours.

Mais si vous tenez bon, cela se termine toujours bien. L’enfant vous en est reconnaissant. Il devient affectueux. Il s’accroche à vous plus qu’à personne !

Cette méthode permet en fait d’éviter d’avoir à crier, ou à punir, les enfants à l’avenir. Et de développer des vraies relations de confiance et d’affection avec eux.

Attention, cette méthode n’est pas définitive. Les enfants grandissent, changent, et seront tentés de ré-essayer de vous tenir tête. L’épreuve de force peut donc avoir besoin de recommencer tous les six mois environ.

Les enfants respectent les adultes qui les prennent au sérieux

Je ne doute pas que ma méthode paraîtra inhumaine à beaucoup.

Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’enfant préfère l’adulte qui le prend au sérieux et qui est exigeant avec lui.

Il comprend que, si vous lui consacrez tant de temps et d’énergie, c’est parce qu’il compte pour vous, qu’il a du prix à vos yeux.

Que vous faites tout cela pour lui. Pour sa santé. Pour son bien. Pour l’aider à grandir.

C’est ce que les enfants veulent. C’est ce qu’ils aiment ! Et c’est cela qui permet aux familles d’être des endroits où il fait bon vivre, plutôt que des champs de bataille où les générations se font la guerre.

Les adultes qui prennent le temps d’apprendre à leurs enfants à manger méritent donc d’être félicités, et soutenus. C’est une étape fondamentale pour la socialisation des enfants et pour leur santé.

L’adoption d’un rythme alimentaire sain, dans un cadre de vie stable et régulier, propice à leur épanouissement, est essentiel pour eux. Ils vous en remercieront plus tard, si vous faites l’effort aujourd’hui.

Mais apprendre aux enfants à manger, et à remercier l’adulte qui s’est donné du mal pour eux, n’a pas uniquement pour but le bien-être de l’enfant.

Le but est également votre bien-être à vous, et c’est ce qu’oublient en général les pédopsychiatres.

Les parents n’ont pas une énergie ni une patience illimitées

En effet, il faut bien mesurer que, si l’on prend soin de bien faire la cuisine, avec de bons produits, les repas prennent au minimum 45 minutes, trois fois par jour, soit 70 heures par mois (deux semaines de 35 heures de travail…), même avec des enfants sages.

C’est une lourde charge.

Pour que les adultes continuent à l’assumer de bonne grâce pendant les 18 ans que dure l’éducation d’un enfant, il est indispensable que l’enfant apprenne à se montrer au plus vite bon convive à table, aimable et reconnaissant, ce qui revient, concrètement à manger ce qu’on lui donne sans récriminer, avec le sourire, et en disant merci.

Ce n’est pas seulement pour faire plaisir à ses parents. C’est aussi dans son intérêt.

En effet, les parents ne sont pas des anges.

Eux aussi ont leurs problèmes, leurs limites.

Lorsque l’enfant, qui a refusé le repas que sa mère lui avait préparé avec amour, revient pour réclamer des bonbons parce qu’il a faim, même le parent le plus patient du monde peut s’énerver.

Les petits enfants sont incroyablement obstinés. Ils ont les nerfs solides quand il s’agit d’obtenir ce qu’ils veulent (surtout des sucreries). Ils sont capables de revenir cent fois, mille fois à la charge.

Ils ne se rendent tout simplement pas compte qu’ils abusent.

Que plus ils insistent, plus ils risquent de faire exploser leurs parents, et ce quelles que soient les lois votées à l’Assemblée nationale qui “interdisent la fessée”.

Ce fait, à savoir que la patience des parents a des limites, est systématiquement occulté dans les articles moralisateurs – et les lois anti-fessées.

Tout se passe comme si les parents étaient tous des saints, avec la capacité de tout supporter sans réagir.

Mais ce n’est bien sûr pas comme cela dans la vraie vie, et c’est pourquoi il est important que les enfants apprennent le plus tôt possible les règles de la vie en société.

Ne pas gâcher l’ambiance en se plaignant de la nourriture vis-à-vis de la personne qui s’est donnée du mal pour vous la procurer. Prendre sur soi quand on “n’aime pas”. S’efforcer de manger même quand “c’est pas bon” parce que, dans la vie, on n’a pas toujours ce qu’on veut. Remercier.

Les enfants apprennent ainsi à ne pas se rendre malheureux à cause de ça – ni à rendre les autres malheureux – et c’est un grand service que vous leur rendez, pour toute la vie.

Enfin, il faut aussi se souvenir qu’on ne rend pas service à l’enfant en lui donnant l’impression que les adultes sont des esclaves à son service. Dans la vie, ce ne sera pas le cas. On n’obtient des choses des autres qu’en étant agréable, respectueux, et en remerciant. Apprendre cela tôt aux enfants, c’est leur donner un atout supplémentaire dans la vie.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Sources :

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