La doctrine de l’interposition

Posttenebraslux10. La doctrine de l’interposition

« Ceux qui abandonnent la loi louent les méchants, mais ceux qui gardent la loi leur font la guerre. » (Proverbes 28:4, Ostervald)

Malheur à ces législateurs qui font des lois injustes, et à ceux qui rédigent des décrets qui engendrent la misère, pour refuser aux miséreux l’accès au tribunal […]. » (Ésaïe 10:1-2, Semeur)

Définitions de l’interposition :

– « L’interposition est un appel de Dieu qui pousse quelqu’un à se placer consciemment entre un oppresseur et son éventuelle victime. […] Cela peut se faire verbalement ou physiquement 33. »

– « Le pouvoir couramment connu comme l’‹ interposition › [s’exerce quand] un officier inférieur se place entre un officier supérieur et le peuple, lorsque l’officier supérieur exerce une autorité de manière tyrannique 34. »

L’interposition consiste donc en la résistance active des citoyens dans le but de maintenir le droit et la justice. Les citoyens ayant épuisés tous les recours pacifiques face à la tyrannie peuvent saisir le juge suprême de l’univers, ils peuvent en « appeler au Ciel 35 » contre le diktat païen. L’interposition peut aboutir au renversement et au châtiment des despotes. Cette doctrine est triplement fondée en droit biblique : ⟦1⟧ L’interposition est fondée sur la primauté du droit ; ⟦2⟧ L’interposition est fondée sur maints exemples bibliques ; ⟦3⟧ L’interposition n’est pas réfutée par le refus de David de tuer Saül.

⟦1⟧ L’interposition est fondée sur la primauté du droit

La primauté du droit est le précepte en vertu duquel nul n’est au-dessus de la loi. Cette primauté découle de l’égalité devant la loi, en vertu de laquelle aucun traitement de faveur n’est accordé aux justiciables qui violent la loi — combien même qu’ils soient haut-placés.

Jean de Salisbury (1115-1180), le « fondateur de la science politique occidentale 36 », explique que maintenir la primauté du droit n’est pas seulement un droit, mais un devoir. De surcroît, ce devoir n’incombe pas qu’aux officiers publics, mais à tous le corps des citoyens, puisque quiconque tolère la tyrannie alors qu’il a la possibilité de s’interposer se rend complice de celle-ci par sa passivité coupable.

« Le droit arme justement celui qui s’attaque à [celui] qui désarme les lois, et le pouvoir public se déchaîne [légitimement] contre celui qui a entrepris d’anéantir la force publique. Et pendant qu’il y a maintes actions équivalant à la lèse-majesté [haute trahison, cf. Exode 22:28], aucune n’est un crime plus grave que d’agir à l’encontre du corps du droit même. La tyrannie n’est donc pas simplement un crime public mais, s’il était possible, un crime plus que public. […] Assurément personne ne voudrait prendre la défense d’un ennemi public, mais plutôt quiconque ne cherche pas à le faire passer en jugement, commet une faute contre soi-même et Le corps entier du bien commun temporel 37. »

Dans cette lignée, le jurisconsulte réformé français Philippe Duplessis-Mornay, conseiller & ambassadeur du roi Henri IV de 1576 à 1593 puis Gouverneur de Saumur (Maine-et-Loire) de 1589 à 1621 : « Avenant qu’une tyrannie se voulût fourrer en un État, il est permis au moindre du peuple de repousser telle usurpation. […] Celui qui réprime le destructeur de la patrie et de la discipline publique n’émeut [ne commet] point de sédition, mais au contraire l’abolit 38. » En somme, selon ce survivant du Massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), la primauté du droit habilite tous les citoyens à exercer l’interposition, si besoin est.

⟦2⟧ L’interposition est fondée sur maints exemples bibliques

Les exemples bibliques où des personnages pratiquèrent la doctrine de l’interposition avec la bénédiction divine sont légion. En voici une sélection non-exhaustive.

– Les femmes hébreues exercèrent l’interposition en refusant d’assassiner les nouveau nés hébreux et en désinformant le Pharaon à ce sujet (Exode 1:15-21).

– L’Assemblée d’Israël — c-à-d le corps des citoyens masculins adultes (Josué 9) — exerça l’interposition en empêchant le roi Saül d’exécuter son fils Jonathan pour une raison puérile (1 Samuel 14:24-45).

– Jonathan exerça l’interposition en faisant de l’espionnage actif pour David et en désinformant délibérément Saül à son sujet (1 Samuel 19:1-3 et 20:4-29/35-40).

– À l’initiative du prophète d’Israël, Élisée, le roi légitime d’Israël, Jéhu, exerça l’interposition en exécutant le roi-tyran de Judée, Achazia, en exécutant le roi-tyran d’Israël, Joram, et en exécutant la tyrannique reine-mère d’Israël, Jézabel, en 841 av. J.-C. (2 Rois 9, 2 Chroniques 21 et 22).

– À l’initiative du grand-prêtre de Judée, Jehojada, les capitaines de l’armée judéenne et les maires des villes judéennes exercèrent l’interposition en exécutant la tyrannique reine de Judée, Athalie, en 835 av. J.-C. (2 Rois 11, 2 Chroniques 22 et 23).

– Le citoyen hébreu Achikam exerça l’interposition en empêchant que le prophète Jérémie ne soit exécuté par le roi-tyran de Judée, Jojakim (Jérémie 26:20-24).

– Jésus exerça l’interposition en chassant avec un fouet les marchands du Temple de Jérusalem qui y vendaient des animaux à vil prix, au détriment du peuple (Jean 2:15, Matthieu 21:12-13).

⟦3⟧ L’interposition n’est pas réfutée par le refus de David de tuer Saül

1 Samuel 24 décrit une scène fréquemment invoquée à tord contre l’interposition et la résistance légitime. David, un officier dans l’armée israélite (1 Samuel 18:13), est traqué par Saül, le roi d’Israël qui jalousait son succès militaire et sa popularité (1 Samuel 18:6-9). Quand, de façon fortuite, David croise Saül dans la caverne d’En-Guédi, ses compagnons d’armes lui suggèrent de tuer Saül. David rétorque « que l’Éternel me garde de commettre contre mon seigneur, l’oint de l’Éternel, une action telle que de porter ma main sur lui ! Car il est l’oint de l’Éternel » (v. 7 réitéré au v. 11). La question de droit que soulève ce passage est la suivante : David aurait-il pu légitimement tuer Saül ? Autrement posée : David avait-il raison de croire qu’il ne pouvait pas – moralement parlant – tuer Saül ?

À ce stade des événements, Saül avait commis cinq tentatives d’assassinat sur David (1 Samuel 19), et il le pourchassait activement afin de l’assassiner (1 Samuel 23:15), alors que David n’était coupable d’aucun crime. Pire, Saül avait massacré 85 sacrificateurs et tous les habitants de la localité de Nob (1 Samuel 22:18-19). Saül était donc coupable de meurtre et passible de la peine capitale (Genèse 9:6, Exode 21:12, etc.). Saül devait-il être exonéré de ce crime parce qu’il était roi ? Absolument pas. En vertu de l’égalité devant la loi et de la primauté du droit, Saül méritait la peine capitale même s’il était roi, il ne jouissait d’aucune immunité 39 (Lévitique 19:15, Deutéronome 1:17, etc.). Il est donc évident que David a erré lorsqu’il a affirmé ne pas pouvoir tuer Saül. En effet, 1 Samuel 24 ne dit pas que les propos de David étaient fondés en droit, simplement qu’il les a prononcés.

Quelle est, dans ce cas, la portée juridique du fait que Saül était « l’oint de l’Éternel » ? Cela signifie simplement que Dieu avait choisi Saül pour être roi d’Israël (1 Samuel 10:1). Cela ne signifie pas que Saül pouvait impunément massacrer des citoyens du peuple de Dieu. De plus, ce choix de Dieu n’était pas effectif tant qu’il n’avait pas été ratifié par l’Assemblée d’Israël (1 Samuel 10:24). Le juriste et théologien réformé Samuel Rutherford (1600-1661) cerna la relation entre l’onction royale et le consentement populaire :

« [D]e même que Dieu ne fait pas le roi immédiatement, mais par médiation humaine, de même il ne le défait que par des moyens humains. […] Ainsi, le peuple se trouve investi d’un rôle médiateur entre Dieu et le roi ; c’est toujours par l’intermédiaire du peuple que Dieu agit ; le peuple est […] le moyen par lequel il institue ou destitue le roi qui a failli. En ce sens, la communauté humaine est un instrument aux mains de Dieu 40. »

Bref, ce n’est pas parce qu’un roi a été oint qu’il devient intouchable. Puisque c’est par l’intermédiaire des hommes qu’il a été fait roi, c’est aussi par l’intermédiaire des hommes que Dieu peut faire réaliser sa volonté de le démettre de ses fonctions et de le châtier.

Extrait de ce recueil de droit biblique : https://monarchomaque.org/2015/07/12/recueil-droit-biblique/

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