« La Chine est son meilleur ennemi » : Un reportage français donne une vue panoramique de la volonté d’influence de Pékin dans le monde

L’ambassadeur de Chine en Suède Gui Congyou s’adresse aux médias à Stockholm, le 15 novembre 2019. (Jonas Ekstromer/TT News Agency/AFP via Getty Images)

Malgré les efforts considérables déployés par le régime chinois pour imposer son modèle autoritaire au monde libre, son meilleur ennemi est lui-même, selon un groupe de réflexion affilié au gouvernement français.

Ces conclusions sont tirées d’un rapport en français de près de 650 pages intitulé « Opérations d’influence chinoises », publié par l’Institut d’études stratégiques des écoles militaires (IRSEM), un organisme indépendant affilié au ministère français des Armées.

Selon ce rapport, publié en début de semaine, Pékin s’isole sur la scène mondiale après avoir pris un virage agressif sur le front diplomatique ces dernières années. Ce comportement a suscité des réactions de plus en plus vives, même de la part de pays traditionnellement en bons termes avec le régime.

« La Chine est son meilleur ennemi en matière d’influence », peut-on lire dans le rapport.

Les auteurs ont constaté que les relations de la Chine avec l’Occident se sont nettement détériorées depuis 2017 environ.

Un exemple notable est la Suède, qui avait été le premier pays occidental à établir des relations diplomatiques avec le régime après la prise de contrôle de la Chine par le Parti communiste chinois.

Alors que Pékin avait bénéficié d’une opinion publique relativement favorable en Suède, le tournant a commencé avec la nomination en 2017 d’un nouvel ambassadeur chinois dans le pays, Gui Congyou, selon le rapport.

La rhétorique provocatrice de Gui – menaçant les responsables suédois de ne pas assister à une cérémonie de remise de prix à un dissident chinois détenu, critiquant les médias locaux qui faisaient des reportages critiques sur la Chine, et faisant pression sur un hôtel de Stockholm pour qu’il annule une célébration de la fête nationale taïwanaise – a été « désastreuse », selon le rapport. Le ministère suédois des Affaires étrangères a convoqué Gui une quarantaine de fois depuis son arrivée en 2017. Les parlementaires du pays ont demandé à deux reprises son expulsion du pays. La cote de la Chine auprès du public a également dégringolé, 80 % des Suédois ayant désormais une opinion négative de la Chine, contre moins de la moitié de la population du pays il y a quatre ans.

M. Gui est sur le point de quitter son poste et a récemment rendu une visite d’adieu au vice-ministre suédois des affaires étrangères, comme le montre un message publié le 25 septembre sur le site Web de l’ambassade de Chine en Suède.

Des manifestants brandissent des pancartes et des banderoles lors d’une manifestation à Sydney pour demander au gouvernement australien de boycotter les Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin en raison du bilan de la Chine en matière de droits de l’homme, le 23 juin 2021. (Saeed Khan/AFP via Getty Images)

En Australie, où la Chine représente près d’un tiers de ses recettes d’exportation, l’humeur a également évolué contre le régime communiste.

Les sanctions commerciales prises par Pékin en représailles contre Canberra pour avoir demandé une enquête indépendante sur les origines du virus en 2020 n’ont fait que susciter une résistance accrue contre l’influence chinoise, y compris dans le milieu universitaire. L’Australie a adopté une loi en décembre 2020 visant à placer des obstacles supplémentaires pour les entreprises liées à la Chine qui tentent d’acquérir des actifs australiens.

Des scènes similaires se sont déroulées ailleurs : L’Afrique s’est opposée à la vaste initiative chinoise « Nouvelle Route de la Soie », reprochant à cette initiative de construction d’infrastructures d’épuiser les ressources naturelles, de polluer les terres et d’abuser des travailleurs.

Un ouvrier chinois transporte des matériaux pour la première ligne ferroviaire reliant la Chine au Laos, un élément clé de l’initiative « Nouvelle Route de la Soie » de Pékin à travers le Mékong, à Luang Prabang, au Laos, le 8 février 2020. (Aidan Jones/AFP via Getty Images)

Le Canada a décrié la détention arbitraire de ses citoyens par Pékin à la suite de l’arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, un geste que les critiques ont qualifié de diplomatie de l’otage.

L’étouffement des libertés à Hong Kong par le régime a suscité la colère du Royaume-Uni, et ses graves violations des droits de l’homme au Xinjiang ont fait sombrer l’image de Pékin encore plus bas parmi les démocraties occidentales.

Selon le rapport, en février, six États d’Europe centrale et orientale participant au sommet « 17+1 » avec la Chine, longtemps retardé, ont choisi d’envoyer un représentant de rang inférieur, plutôt que leur chef d’État habituel, ce qui témoigne d’une « perte d’appétit » dans l’engagement avec Pékin, probablement liée à l’image ternie du régime. Le bloc assiégé s’est encore rétréci en mai, après que la Lituanie s’est retirée du groupement.

Les auteurs ont déclaré qu’ils espéraient que le rapport pourrait envoyer un coup de semonce aux dirigeants de Pékin sur les conséquences de leurs actions.

Le « comportement contre-productif » adopté par Pékin ces dernières années « pose à la Chine un problème d’impopularité dans des proportions telles qu’il pourrait à terme affaiblir indirectement le Parti, y compris vis-à-vis de sa propre population », peut-on lire dans le rapport.

Source : https://www.aubedigitale.com/la-chine-est-son-meilleur-ennemi-un-reportage-francais-donne-une-vue-panoramique-de-la-volonte-dinfluence-de-pekin-dans-le-monde/

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