En Thaïlande, des poupées considérées comme des « enfants des anges » sèment le trouble

INSOLITE – Natsuda Jantaptim, propriétaire d’un salon de beauté à Bangkok, n’est pas une mère de famille comme les autres. Lorsqu’elle décrit les goûts de son bébé prénommé Ruay Jang, qui aime le lait à la fraise, on ne s’attend pas à voir une grande poupée en plastique.

Appelée en thaï « thep de Luuk » (enfants des anges), ces poupées qui coûtent jusqu’à 600 dollars ont été popularisées il y a un peu plus d’un an par des célébrités qui prétendaient qu’elles leur avaient apportées le succès professionnel.

« Nous dormons ensemble dans le même lit, elle a son propre oreiller et ses propres couvertures », explique Natsuda Jantaptim, avant d’ajouter: « Le matin, elle aime boire du lait à la fraise ».

En Thaïlande, bouddhisme, superstitions et pratiques mystiques cohabitent et beaucoup de Thaïlandais pensent que la magie noire ou les rituels occultes peuvent porter chance ou écarter le malheur. Les adeptes des poupées, dont beaucoup ont été bénies par un moine, pensent que ces dernières contiennent l’esprit d’un enfant et doivent donc être traitées comme des êtres vivants. En retour, les propriétaires seront récompensés, estiment-ils.

TO GO WITH 'Thailand-lifestyle-society-religion' by Jerome TAYLOR This picture taken on January 28, 2016 shows doll collector, producer and trader, Mananya Boonmee (R) and friend Natsuda Jantaptim performing a traditional rite during a religious ceremony along with their "luuk thep" (child angel) dolls at the Bangchak Buddhist Temple in Nonthaburi on the outskirts of Bangkok. Seats at restaurant tables, in-flight meals, religious ceremonies and designer clothes are just some of the items Thais can buy their lucky "angel dolls", the latest celebrity-fuelled supertitious craze that has swept the country much to the dismay of the kingdom's conservative military rulers. AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT / AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
Au restaurant, dans des avions, au cinéma… de plus en plus de Thaïlandais se déplacent partout avec leur poupée à leurs côtés.

Pour Natsuda, c’est évident, elle est beaucoup plus chanceuse depuis l’arrivée de la poupée dans sa famille, il y a huit mois. « Depuis que j’ai Ruay Jang, ma vie a vraiment changé. Par exemple, j’ai gagné à la loterie, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant », affirme cette femme de 45 ans, mère d’une fille de 22 ans.

Plus de 90% des Thaïlandais sont bouddhistes mais dans le pays, religion et traditions hindouistes et animistes sont souvent entremêlées: l’étage 13 est banni des immeubles, les dirigeants politiques recourent à la numérologie ou aux conseils de voyantes. Les fantômes et les amulettes font partie du quotidien.

« Il suffit de sortir et parler à vos voisins »

Mais l’engouement de certains Thaïlandais pour les « enfants des anges », divise le pays. « J’ai peur parfois quand je les vois dans le train », admet Lakkhana Ole, un graphiste de 31 ans qui vit à Bangkok. D’après un sondage publié cette semaine par l’université Suan Dusit Rajabhat de Bangkok, deux tiers des Thaïlandais voient ces poupées comme quelque chose de positif si cela peut les aider à rompre la solitude ou à donner un sens à leur vie.

« Cela prouve que la société est en crise », estime Phra Buddha Issara, un moine nationaliste très conservateur et célèbre pour ses dénonciations enflammées des dérives commerciales du bouddhisme thaïlandais. « Si vous vous sentez seul, c’est simple, il suffit de sortir et parler à vos voisins, d’interagir davantage avec les autres, de faire de bonnes choses! », selon lui.

À Nonthaburi, au sein du temple Bangchak, le moine Phra Ajarn Supachai n’a pas la même position: il effectue régulièrement des séances de prières pour ces poupées et leurs propriétaires. « Nous avons une dizaine de personnes par semaine » qui viennent avec leurs poupées, affirme-t-il, en expliquant que le phénomène a commencé il y a environ trois ans.

TO GO WITH 'Thailand-lifestyle-society-religion' by Jerome TAYLOR This picture taken on January 28, 2016 shows a Buddhist monk leading prayers during a religious ceremony for doll collector, producer and trader, Mananya Boonmee (2nd R), friend Natsuda Jantaptim (2nd L), a student and helper (L) and their "luuk thep" (child angel) dolls at the Bangchak Buddhist Temple in Nonthaburi on the outskirts of Bangkok. Seats at restaurant tables, in-flight meals, religious ceremonies and designer clothes are just some of the items Thais can buy their lucky "angel dolls", the latest celebrity-fuelled supertitious craze that has swept the country much to the dismay of the kingdom's conservative military rulers. AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT / AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

 
Lors de la cérémonie, Natsuda et son amie Mae Ning, accompagnées de leur poupées, ont scandé des prières à haute voix avant que le moine ne viennent verser de l’eau sacrée sur tout le monde, poupées comprises. Et pour Natsuda, « quand les gens ont des poupées, ils se sentent heureux, comme s’ils étaient dans un autre monde ».

Mae Ning, qui collectionne ces « enfants des anges », estime que beaucoup de Thaïlandais sont à la recherche de réconfort: « Certaines personnes sont stressées à cause de l’économie, de la politique, de leur emploi et de leurs finances, alors ils ont envie de s’accrocher à quelque chose », affirme-t-elle.

Source : http://www.huffingtonpost.fr/2016/02/01/thailande-poupees-photos_n_9129350.html



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